-is


-is

⇒-IS, suff.
Suff. formateur de subst. masculins.
I. — [Le dér. désigne le résultat de l'action qu'exprime le verbe de la base]
A. — [Le verbe exprime ou implique l'idée d'un mouvement ou d'une action répétitive]
1. [Le dér. désigne un matériau ou une préparation obtenus par broyage ou parfois par mélange] V. brouillis, gâchis, hachis, torchis.
2. [Le dér. désigne un ensemble fait d'éléments en désordre] V. cafouillis (s.v. cafouillage), éboulis, fouillis, grouillis, margouillis, ramassis, semis et aussi :
accumulis. Le pittoresque accumulis de leurs sacs et de leurs gibernes (GONCOURT, Journal, 1871, p. 820).
parsemis. Un parsemis de petites tables et de sièges de rotin (H. FAUCONNIER, Malaisie, p. 242 ds ROB. Suppl. 1970).
trifouillis. Des trifouillis de chardons, de mûres et de prunelles sauvages sur des pierres grises (H. FAUCONNIER, Malaisie, p. 520 ds ROB. Suppl. 1970).
3. [Le dér. désigne une chose dont la surface a été martelée, criblée, recouverte de qqc.] V. crachis, glacis, grènetis, guillochis, mouchetis et aussi :
picotis. Une pomme d'Adam granulée de picotis, de même qu'une chair déplumée de poule (HUYSMANS, En rade, 1887, p. 212 ds CRESSOT, Phrase et vocab. Huysmans, 1938, p. 230).
[Le dér. désigne une représentation graph.] V. bariolis, croquis, frottis, gribouillis, griffonis, lavis et aussi :
écrasis. De près, [la peinture de Manet] c'est un sabrage, une hachure de couleurs qui se martèlent, se brisent et semblent s'empiéter; à quelque pas, tout cela s'harmonise et se fond en un ton précis de chair, de chair qui palpite, qui vit (...); de près, le maillot est un écrasis de crayon rose; à distance, c'est du coton tendu sur une jambe qui muscle (HUYSMANS, Art mod., 1883, pp. 133-134).
piquetis. Sur les cartes d'état-major les forêts sont figurées au moyen d'un semis de petits ronds, de lunules entourées de points (...) les troncs et le piquetis se faisant plus denses se resserrant le long des lisières (C. SIMON, La Route des Flandres, 1960, p. 264 ds ROB. Suppl. 1970).
pointillis. Un pointillis grumeleux si extraordinairement rendu qu'elles [les langoustes représentées] semblent avoir été moulées sur des carapaces vivantes (PROUST, Temps retr., 1922, p. 712).
tripotis. Il [Jondkind] a sur son chevalet une berge glaiseuse d'un tripotis délicieux (GONCOURT, Journal, 1871, p. 788).
4. [Le dér. a un sens techn.] V. roulis, tournis.
5. [Le dér. désigne une action impliquant un mouvement léger et répétitif, les sensations qui en résultent] V. chatouillis (s.v. chatouillement), clapotis, craquetis (s.v. craquètement), friselis, froissis, grignotis et aussi :
grattis. [L'écureuil] était toujours là, (...) j'en étais averti par des indices infimes, un grattis d'écorce greffée, un grognement à peine perceptible (GENEVOIX, Trente mille jours, Paris, éd. du Seuil, 1980, pp. 276-277).
tapotis. Toujours le tapotis horrible des talons s'obstinait à l'escorter (ESTAUNIÉ, Ascension M. Baslèvre, 1919, p. 235).
6. [Le dér. désigne un bruit léger et prolongé] V. bafouillis (s.v. bafouiller), chamaillis, chuchotis, cliquetis, crachouillis (s.v. crachouiller), gazouillis et aussi :
dégoulinis. Dans un dégoulinis d'eau, dans un bruit de lavage (HUYSMANS, En ménage, 1881, p. 197 ds CRESSOT, Phrase et vocab. Huysmans, 1938, p. 229).
égouttis. Une scierie dont le ronflement se mêlait à l'égouttis de l'eau d'une roue de moulin (THARAUD, Dingley, 1906, p. 42).
grénelis. Ah!... le dolent grénelis des chapelets qu'elles égouttaient dans l'ombre (HUYSMANS, En route, 1895, I, p. 149 ds CRESSOT, op. cit., p. 230).
papotis. Parce que le potin et le papotis sont les seuls dérivatifs à un métier qui l'ennuie (A. SARRAZIN, La Cavale ds ROB. Suppl. 1970).
pétillis. Il n'aurait pas su dire si c'était un frémissement de feuilles, un pétillis de brindilles écrasées (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 173).
ronflottis. [Quelqu'un somnole] la barbe cassée sur le plastron, et un léger ronflottis dans la moustache (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 395).
roucoulis. [Le cheval] les amusait d'un petit roucoulis de colombe (GIONO, Un roi sans divertissement ds ROB. Suppl. 1970).
sifflotis. Susurrant un petit sifflotis bon enfant (A. DAUDET ds Lar. Lang. fr.). Mais la cruauté même de cette voix fascinait comme un sifflotis de serpent (GIONO, Naissance de l'Odyssée ds ROB. Suppl. 1970).
B. — [Le verbe n'a pas de valeur fréquentative]
1. [Le dér. désigne une activité spécialisée]
a) SYLVIC. V. abattis, brûlis, taillis.
b) ART MILIT. V. glacis1.
c) CUIS. V. coulis.
d) [Avec changement de sens et valeur minorative, péj.] V. logis, taudis.
2. [Le dér. a une valeur péj.]
rajoutis. Laisser retripoter le reste, accepter des rajoutis de phrases et d'idées (GONCOURT, Journal, 1858, p. 482).
II. — [Le dér. a une valeur collective; la base est un subst.]
A. — [Le dér. désigne un ensemble fait de choses entrecroisées, tressées, reliées entre elles, une couche servant de support] V. caillebottis, cailloutis, lacis, lattis, perchis, treillis.
B. — [Le dér. désigne une partie de la forêt caractérisée par ce que désigne la base] V. gaulis, perchis.
Prononc. : [-i].
Étymol. et Hist.
A. — Le suff. -ëiz, réduit progressivement au monosyllabe -ëiz, -iz, -is, a pour orig. le lat. -.
B. — 1. Y. Malkiel (infra bbg., pp. 371-373) montre que la valeur fréquentative des noms d'action en -ëiz est issue directement d'une composante sém. des mots lat. en - qui exprimaient, à la différence des part. passés correspondants en -, le résultat permanent ou tout au moins durable d'une action. Les formations ital. en -aticcio, esp. -adezo, port. -adiço confirment l'existence de cette valeur dans le prototype lat. Y. Malkiel souligne cependant toute la part d'innovation de l'a. fr. : les connotations ,,grotesques`` reprises au très anc. -ediz tombé en désuétude lors de l'émergence de -ëiz, l'expression non seulement de la durée, mais de la succession rapide de coups, de bruits saccadés. Le suff. a eu une productivité considérable en a. fr. : acolëiz, baisëiz, chaplëiz, defolëiz, froissëiz, meslëiz, poignëiz, tuëiz.
2. L'orig. du suff. -is dans les dér. à valeur collective sur des bases subst. reste obscure : châssis (ca 1160, chasiz), lattis (XIIIe s., latis ds Lar. Lang. fr.), paillis (XIIIe s., pailliz, ibid.).
3. Le fr. mod. garde quelques témoins de -is à valeur de part. prés. : vent coulis et subst. fém. coulisse (1165-76, porte de fer coleïces), pont levis (XIIe s., pons leveiz).
BBG. — BALDINGER 1950, pp. 66-79, 180-186, 244-246; p. 260, 270. - DARM. 1877, p. 91 - DUB. Dér. 1962, p. 14, 61, 64, 110. - (M.). Évolution des suff. adj. en fr. -Warszawa, 1977, pp. 63-64. - GOOSSE 1975, p. 2. - LÜDTKE (J.). Prädikative Nominalisierungen mit Suffixen. Tübingen, 1978, p. 154. - MALKIEL (Y.). The Prelude to the Old Fr. « frequentative action nouns » in -ëiz. In : [Mél. Baldinger (K.)]. Tübingen, 1979, t. 1, pp. 361-374. - VENDRYES (J.). Sur le suff. -is du fr. Mél. Roques (M.) 1946, pp. 103-110.

-is
Suffixe servant à former des noms masculins sur une base verbale. Ex. : gâchis, hachis, fouillis, éboulis.

Encyclopédie Universelle. 2012.